Lieder eines fahrenden Gesellen version pour ensemble et mezzo-soprano

Composé en 1884-1885, le cycle des Lieder eines fahrenden Gesellen est ensuite révisé en profondeur entre 1891 et 1896, et publié en 1897. Mahler rédige lui-même les textes, prenant pour modèle le style du recueil Des Knaben Wunderhorn, une anthologie de plus de 1000 poèmes folkloriques allemands éditée par Achim von Arnim et Clemens Brentano, et publiée entre 1805 et 1808. Reprenant le mythe romantique du voyageur (ou du compagnon) errant, le récit des Chants d’un compagnon errant est celui d’un amour non partagé où chaque lied représente un état d’âme et d’esprit: la tristesse, le bonheur de communier avec la nature, le désespoir, la résignation. Dans ce genre, les cycles précurseurs les plus marquants sont certainement Die schöne Müllerin et le Winterreise de Schubert, ainsi que les Dichterliebe de Schumann.
Comme c’est très souvent le cas chez Mahler, ses lieder et symphonies partagent des liens thématiques et poétiques forts, le lied étant le laboratoire symphonique du compositeur. Le premier thème du deuxième lied du cycle des Lieder eines fahrenden Gesellen, ‘Ging heut’ Morgen übers Feld’, constitue le thème principal du premier mouvement de la Première Symphonie, et la dernière section du quatrième lied, «Die zwei blaue « est citée dans le troisième mouvement de cette même symphonie. Une autre caractéristique mahlérienne déjà présente dans ce cycle de jeunesse est la liberté avec laquelle il traite la relation entre les tonalités; en effet, aucun des quatre lieder ne se termine dans sa tonalité initiale.

Voici ce que nous dit Nicolas Bolens, à propos de son instrumentation :

« La musique de Gustav Mahler, proche des fondamentaux liés aux traditions populaires, trouve une certaine dimension intemporelle qui ouvre largement la porte à une infinité de réinterprétations. Cependant réaliser une nouvelle transcription des Lieder eines fahrenden Gesellen reste un défi. On connaît d’autres réécritures de l’oeuvre, dont celle de Schönberg qui en 1920 l’a réincarné pour un effectif réduit, donnant une place prépondérante au piano et à l’harmonium. A l’instar de cet exemple célèbre, il s’agissait pour moi de restituer au sein de l’espace sonore d’un ensemble tel que le LME, les énergies issues de l’orchestration de Mahler. D’un raffinement extrême, celle-ci voyage dans le grand orchestre avec une liberté déconcertante. Pour retrouver cette vie acoustique dans un ensemble plus restreint où les instruments sont présents à l’unité, j’ai voulu non pas « réduire » la musique, ce qui aurait impliqué toutes sortes de renoncements, mais plutôt la penser de manière extensive. Ainsi mon orchestration part fondamentalement de celle de Mahler, mais les limitations imposées par le nouvel effectif ont permis l’utilisation d’un panel de sources sonores plus étendu, notamment au niveau des percussions. »

I
Wenn mein Schatz Hochzeit macht,
Fröhliche Hochzeit macht,
Hab’ ich meinen traurigen Tag!
Geh’ ich in mein Kämmerlein,
Dunkles Kämmerlein,
Weine, wein’ um meinen Schatz,
Um meinen lieben Schatz!
Blümlein blau! Verdorre nicht!
Vöglein süß!
Du singst auf grüner Heide
Ach, wie ist die Welt so schön!
Ziküth! Ziküth!
Singet nicht! Blühet nicht!
Lenz ist ja vorbei!
Alles Singen ist nun aus!
Des Abends, wenn ich schlafen geh’,
Denk’ich an mein Leide!
An mein Leide!

II
Ging heut’ Morgen über’s Feld,
Tau noch auf den Gräsern hing;
Sprach zu mir der lust’ge Fink:
«Ei du! Gelt? Guten Morgen! Ei gelt?
Du! Wird’s nicht eine schöne Welt?
Zink! Zink! Schön und flink!
Wie mir doch die Welt gefällt!»
Auch die Glockenblum’ am Feld
Hat mir lustig, guter Ding’,
Mit den Glöckchen, klinge, kling,
Ihren Morgengruß geschellt:
«Wird’s nicht eine schöne Welt?
Kling, kling! Schönes Ding!
Wie mir doch die Welt gefällt! Heia!»
Und da fing im Sonnenschein
Gleich die Welt zu funkeln an;
Alles Ton und Farbe gewann
Im Sonnenschein!
Blum’ und Vogel, groß und Klein!
«Guten Tag, ist’s nicht eine schöne Welt?
Ei du, gelt? Schöne Welt!»
Nun fängt auch mein Glück wohl an?
Nein, nein, das ich mein’,
Mir nimmer blühen kann!

III
Ich hab’ ein glühend Messer,
Ein Messer in meiner Brust,
O weh! Das schneid’t so tief
in jede Freud’ und jede Lust.
Ach, was ist das für ein böser Gast!
Nimmer hält er Ruh’,
nimmer hält er Rast,
Nicht bei Tag, noch bei Nacht,
wenn ich schlief!
O weh!
Wenn ich den Himmel seh’,
Seh’ ich zwei blaue Augen stehn!
O weh! Wenn ich im gelben Felde geh’,
Seh’ ich von fern das blonde Haar
Im Winde weh’n!
O weh!
Wenn ich aus dem Traum auffahr’
Und höre klingen ihr silbern Lachen,
O weh!
Ich wollt’, ich läg auf der Schwarzen Bahr’,
Könnt’ nimmer die Augen aufmachen!

IV
Die zwei blauen Augen von meinem Schatz,
Die haben mich in die weite Welt geschickt.
Da mußt ich Abschied nehmen vom allerliebsten Platz!
O Augen blau, warum habt ihr mich angeblickt?
Nun hab’ ich ewig Leid und Grämen!
Ich bin ausgegangen in stiller Nacht
wohl über die dunkle Heide.
Hat mir niemand Ade gesagt
Ade!
Mein Gesell’ war Lieb und Leide!
Auf der Straße steht ein Lindenbaum,
Da hab’ ich zum ersten Mal im Schlaf geruht!
Unter dem Lindenbaum,
Der hat seine Blüten über mich geschneit,
Da wußt’ ich nicht, wie das Leben tut,
War alles, alles wieder gut!
Alles! Alles, Lieb und Leid
Und Welt und Traum!

I
Quand ma bien-aimée aura ses noces,
Ses noces joyeuses,
J’aurai mon jour de chagrin !
J’irai dans ma petite chambre,
Ma petite chambre sombre !
Je pleurerai sur ma bien-aimée,
Sur ma chère bien-aimée !
Petite fleur bleue ! Ne te dessèche pas !
Gentil petit oiseau !
Tu chantes au-dessus du pré vert.
Ah, que le monde est beau !
Cui-cui ! Cui-cui !
Ne chantez pas ! Ne fleurissez pas !
Le printemps est fini !
Tous les chants sont terminés maintenant !
La nuit quand je vais dormir,
Je pense à mon chagrin,
À mon chagrin

II
Ce matin, j’ai marché à travers les champs,
La rosée était encore accrochée à l’herbe ;
Le joyeux pinson me parlait :
«Eh, toi ! N’est-ce pas ? Quel beau matin ! N’est-ce pas ?
Toi ! Le monde ne sera-t-il pas beau ?
Cui-cui ! Beau et vif !
Comme le monde me plaît !»
Et dans le champ les campanules
gaiement, ding-ding,
m’ont carillonné avec leurs clochettes
leur bonjour :
«Le monde ne sera-t-il pas beau ?
Ding-ding ! Il sera beau !
Comme le monde me plaît ! Holà !»
Et alors, dans l’éclat du soleil,
le monde commença soudain à briller ;
tout a gagné son et couleur
dans l’éclat du soleil !
Fleur et oiseau, petit et grand !
«Bonjour, le monde n’est-il pas beau ?
Eh, toi! N’est-ce pas ? Un beau monde !»
Mon bonheur commencera-t-il maintenant aussi ?
Non, non, ce à quoi je pense
Ne fleurira jamais !

III
J’ai un couteau à la lame brûlante,
Un couteau dans ma poitrine.
Hélas ! Il s’enfonce si profond
dans toute joie et tout plaisir.
Ah, quel hôte terrible il est !
Jamais il ne se repose,
jamais il ne fait de pause,
Ni le jour, ni la nuit,
quand je voudrais dormir.
Hélas !
Quand je regarde vers le ciel,
je vois deux yeux bleus !
Hélas ! Quand je marche dans le champ doré,
je vois au loin ses cheveux blonds
flottant dans le vent !
Hélas !
Quand je me réveille d’un rêve
et que j’entends son rire argenté sonner,
Hélas !
Je voudrais être allongé sur le catafalque noir,
et jamais, jamais rouvrir les yeux !

IV
Les deux yeux bleus de ma bien-aimée
m’ont envoyé dans le vaste monde.
Alors je dois dire adieu à cet endroit très cher.
Oh, yeux bleus ! Pourquoi m’avez-vous regardé ?
Maintenant j’ai un chagrin et une douleur éternels !
Je suis parti dans la nuit tranquille,
à travers la lande sombre.
Personne ne m’a dit adieu.
Adieu !
Mes compagnons étaient l’amour et le chagrin.
Sur la route se tenait un tilleul,
Et là pour la première fois j’ai dormi.
Sous le tilleul,
Qui faisait tomber sur moi ses fleurs comme de la neige,
Je ne savais pas ce que la vie fait,
Et tout, tout, s’est arrangé !
Tout, tout ! Amour et chagrin,
Et le monde et le rêve !

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