…le concerto renoue, vingt ans après Melodien, avec la notion de mélodies…

Ramifications

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Au cœur des innombrables ramifications engendrées par les œuvres de György Ligeti dans son propre travail, la diversité stylistique est représentative de sa personnalité multiforme, multiculturelle, diablement prospective et de son invention jubilatoire. Au début des années 1990, son « nouveau » style rétablit la primauté du rythme en plaçant au premier plan une pulsation soulignée par l’usage appuyé de la percussion. Le choc d’une rythmique sauvagement asymétrique augmentée d’un travail poussé sur l’alternance d’une métrique souvent en décalage volontaire avec les repères verticaux, débouche sur une polyrythmie si complexe qu’elle définit un nouvel horizon quant à la question de l’organisation temporelle. Une autre forme de « restauration » peut être vue dans le fait que le concerto renoue, vingt ans après Melodien, avec la notion de mélodies, des lignes cependant animées ici d’une expressivité se situant aux antipodes du romantisme, comme filtrées par les autres composantes sonores. La perception incertaine et « primaire » de ces mélodies au sein d’un univers souvent magique, ludique et scintillant, masque un raffinement sidérant quant à la conception de leur morphologie. Face à ce chef d’œuvre (et à l’instar d’Arnold Schönberg qui réalisa une version réduite du Chant de la Terre) la Quatrième symphonie de Gustav Mahler est proposée ici dans une nouvelle instrumentation de Nicolas Bolens. Elle vient nous rappeler que la force d’une musique c’est aussi sa capacité à toucher l’âme dans ce qu’elle a de plus profond, de plus universel et de plus secret.

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