Fanny Ardant : «Le théâtre, c’est sauvage»

Fabien Bonnieux

L’actrice fétiche de Truffaut, à la voix si sexuée, est « Cassandre », ce soir, sur la scène de l’opéra. Une grande première pour elle au Festival d’Avignon

Avec Fanny Ardant, même la respiration qui précède la prise de parole répond au temps suspendu. Hier, milieu de journée au Cloître Saint-Louis. Le soleil de plomb est resté à la porte. Elle arrive avec ce léger retard propre aux stars tel qu’on l’entendait jadis. Talons de 10 centimètres, yeux cernés de noir, taille de guêpe : elle s’assoit, consciente de l’attention collective qu’elle capte dans la seconde même. La caractéristique de la star. La vraie.

Ce soir, à 66 ans, l’inoubliable actrice de Truffaut monte sur scène pour la première fois, au Festival d’Avignon. Ce sera Cassandre, un opéra parlé pour récitante signé Christa Wolf, daté des années 1980. L’actrice s’apprête à s’avancer face aux 800 spectateurs de l’opéra, entourée des 18 musiciens du Namascae Lemanic Modern Ensemble.

Converser avec Fanny Ardant, c’est un exercice de funambule. Avant chaque phrase, elle fixe les yeux au ciel. La quête d’inspiration ? Ou peut-être a-t-elle craqué pour le toit du cloître, il est vrai fort esthétique ? De prime abord, on la sent attentiste, pour ne pas dire rétive. « Je ne sais pas ce que vous attendez que je vous dise (…) Je ne parle jamais en vrac, sinon c’est de la guimauve, et tout est magnifique », dit-elle à son interlocuteur. Soit. Un ange passe. Le panache de Greta Garbo aussi. « C’est la voix de l’être humain contre la société ».

Indéniablement, Cassandre c’est la femme qui dit « non ». Fanny Ardant ne dit pas « non », elle aime provoquer une rencontre dépourvue de truismes. Et mettre autrui dans son tempo à elle. Ne dira-t-elle pas quelques minutes plus tard : « Le théâtre, c’est sauvage, une urgence. Si tout est programmé, policé, ça m’ennuie » ? De son personnage (qu’elle avait déjà incarné dans sa version concertante), la comédienne dit : « C’est la voix de l’être humain contre la société. » D’où l’importance de la faire surgir « à notre époque, qui est de plus en plus dans la pensée commune, qui asphyxie la réaction. Tout le monde ouvre des portes déjà ouvertes. »

Elle le concède avec légèreté quand vient le moment de parler de la composition de Michael Jarrell : « J’ai toujours eu un rapport difficile avec la musique contemporaine, qui n’est pas immédiate, comme Schubert ou Bach, mais qui, ensuite, devient essentielle. Cette musique-là m’a secouée, elle me fait penser aux flippers dans les bars, avec des éclats d’ombre et de lumière. »

Comédienne du désir dans l’instant plutôt qu’artiste qui se projette à long terme, LA Ardant parle peu, sans cesse dans l’analyse : « Dans le métier d’actrice, on vous pousse dans des endroits où vous n’êtes jamais allé. » À ses côtés, le metteur en scène, Hervé Loichemol, loue une comédienne « simple et agréable ». Hier, face à ce compliment, les personnes présentes au Cloître ont pu observer ce sentiment de malaise qui a alors assailli l’actrice. À ce moment précis, sans doute, aurait-elle aimé être la femme d’à côté…

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